Tout est dit...
#31
RE: Tout est dit...
(Hier-15:47:58)RM8Kinoshita a écrit :
(11/05/2026-20:53:43)xtof a écrit : Cool 

Bonjour à tous, 
Je viens de visionner la dernière vidéo de Florent Garcia (bien connu pour ses analyses pédagogiques) intitulée "Pourquoi tout le monde adore le vinyle alors que c'est objectivement nul ?"

https://www.youtube.com/watch?v=9Shl6XXU7rE

Au-delà du titre provocateur, il soulève un point fondamental qui mérite que l'on s'y attarde : le numérique est aujourd'hui la base technique incontournable de la quasi-totalité de la production vinyle.

Voici les arguments qui montrent que le vinyle moderne est, par nature, un produit du numérique :
  1. La chaîne de production (DDA/DDT) : De l'enregistrement au mixage, 99 % des productions actuelles sont réalisées sous station de travail numérique (DAW). Même pour les rééditions, le passage par un transfert numérique haute résolution est devenu la norme pour restaurer les bandes et préparer le master de gravure.
  2. La gravure assistée par ordinateur : Lors de la gravure sur laque, les tours (lathes) modernes utilisent souvent des lignes de retard numériques (Digital Delay Lines). Cela permet d'analyser le signal quelques millisecondes avant que le burin ne touche la laque pour ajuster l'espacement des sillons en fonction de l'amplitude (surtout dans le grave).
  3. Le mastering correctif : Les limitations physiques du vinyle (distorsion de fin de disque, gestion des basses en mono via des "Elliptical EQ", gestion des sifflantes avec des de-essers) sont aujourd'hui traitées avec une précision chirurgicale grâce aux outils numériques de mastering avant même que le signal n'atteigne la tête de gravure.
  4. Le cas des fichiers Hi-Res comme source : Les maisons de pressage reçoivent généralement des fichiers 24 bits / 96 kHz ou 192 kHz. Le vinyle devient alors, techniquement, un convertisseur numérique-analogique passif en plastique.
Le travail de Jean-François Wiorek sur son site MagicVinylDigital est à ce titre exemplaire. Ses analyses techniques (spectrogrammes, mesures de Dynamic Range - DR) montrent un paradoxe fascinant : le vinyle "sonne" souvent mieux parce qu'il impose une contrainte technique salutaire.


Disons plutôt que les ingés-son devaient se contraindre à penser "pour le support", avec la notion de gêne que cela peut évoquer en termes de créativité.

On ne peut pas envoyer le son qu'on souhaiterait, puissant, avec des basses à niveau élevé par exemple, sauf exceptions 
(mastering vinyle spécifiquement pensé pour, par exemple ceux que j'ai de Kiasmos où les sillons sont extra-larges avec un niveau de gravure important, 
mais sans distorsion audible en bas ou cross-talk entre spires car les sillons sont vraiment très espacés, bien plus que sur les vinyles courants.)

Il ne faut pas oublier que sur le disque du chanteur XXX, il n'y a pas que sa "gueule" sur la pochette et sa voix prise avec un gros micro ... Tout le groupe qui joue avec lui est "mis en ondes" d'une certaine manière, son son a une "identité" qui est façonnée bien évidemment par les ingés-son en termes de présentation. Cette présentation est très différente de groupe à groupe, et même bien sûr (et surtout) en changeant d'époque. Donc, à mon avis, pour favoriser l'émergence musicale de styles et sonorités très variées, possiblement adaptées aux musiques d'aujourd'hui, la créativité à ce niveau ne devrait en principe être bridée en aucune manière.

https://www.youtube.com/watch?v=9Shl6XXU7rE 

Je suis en train de visionner. C'est effectivement  en mode "raccourci grand public", mais pour le moment je n'ai pas vu d'erreur ou de "niaiserie" qui serait dite par Florent Garcia.

Avant d'être un influenceur, c'est un musicien (c'est tout du moins ce que sa chaine YT laisse suggérer).

crdt.

[Image: Chaine-Garcia.png]
Bonjour Anaël,
Ton exemple sur Kiasmos est parfait. C'est la preuve par l'image (et l'oreille) que lorsque le support vinyle est utilisé à son plein potentiel — avec des sillons larges et espacés — il permet une restitution exceptionnelle. Mais comme tu le notes, cela reste une 'exception' qui demande un travail de gravure spécifique et limite la durée par face.
Je te rejoins sur l'idée que la créativité ne doit pas être bridée. Le problème que je soulignais, ce n'est pas la contrainte artistique, mais la contrainte de diffusion.
L'ingénieur du son devrait pouvoir façonner l'identité sonore du groupe sans avoir à se demander si cela va saturer un autoradio ou si le volume sera assez fort sur une playlist Spotify. Paradoxalement, le numérique offre une liberté totale (pas de problème de saut de sillon ou de largeur de spires), mais l'industrie l'utilise souvent pour 'brider' la dynamique via le mastering brickwall.
C'est là que je trouve la démarche de Florent Garcia saine : il vulgarise sans être 'niais', comme tu le dis, et rappelle que derrière chaque choix technique, il y a une intention musicale. Le fait qu'il soit musicien lui donne justement ce recul nécessaire pour ne pas tomber dans le dogme pur et dur.
Au plaisir d'échanger sur ces nuances entre 'identité sonore' et 'qualité de support'.

Christophe.
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#32
RE: Tout est dit...
À l’attention du modérateur (et pour répondre aux doutes sur la source),
Il me semble important de ne pas réduire Florent Garcia à son statut de communicant sur YouTube. C’est avant tout un musicien de haut niveau dont la crédibilité repose sur une solide double culture : l'école du jazz (Académie Rainier III de Monaco) et la culture rock/blues.

Quelques faits pour situer le personnage :
  • Formation : Diplômé en Jazz et Musiques Actuelles, il maîtrise une harmonie complexe qui dépasse de loin le cadre du simple divertissement.
  • Reconnaissance : Des pointures comme Tom Morello (Rage Against the Machine) ou Kamil Rustam collaborent avec lui, ce qui valide sa légitimité technique auprès des professionnels.
  • Composition : Ses EP (Brume, Cocktail) révèlent un toucher Neo-Soul/Jazz extrêmement exigeant, très proche de l'esthétique de guitaristes comme Mateus Asato.
On peut ne pas adhérer au format 'YouTube', mais il ne faut pas confondre la pédagogie avec l'amateurisme. Sa capacité à décortiquer le jeu des autres avec autant de précision vient justement de son bagage académique. Son toucher, sa gestion des silences et sa maîtrise de la dynamique (que l'on entend très bien dans son morceau Brume) prouvent que son talent n'est pas dans son nombre de 'vues', mais bien dans ses doigts et sa connaissance intime de la chaîne du son.

https://www.youtube.com/watch?v=IfkzhbUz0F0

Christophe.
"Le danger ne vient pas de ce que nous ignorons mais de ce que nous tenons pour vrai et qui ne l'est pas". Mark Twain.
Préampli X-préamp + T-Racks 408 + trois K209+ Grand Floyd + Ampli Nad 208 THX 
Voice Of the Theatre  (Altec 515 8G + JBL 2482 membrane radian Pav JMLC Hypex 250 + TAD ET703) + Baffle infini avec deux 3184 Altec
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#33
RE: Tout est dit...
toute expérience d'écoute est forcément subjective et conditionnée par tellement de facteurs, reste la musique elle-même, qui heureusement transcende les supports et les systèmes. il y a des enregistrements tellement bons que ni le vinyle, ni le cd, ni le digital ne semblent parvenir à les "détériorer",...et oui ce sont souvent des prises de son mono réalisées avec le matériel exceptionnel de l'époque, qui était alors la norme. Je pense par exemple au "folk singer" de Muddy Waters. Mais ensuite, le système et l'acoustique d'une pièce peuvent porter l'expérience au sublime ou à l'insupportable... ?
“I spent a lot of money on booze, birds, and fast cars. The rest I just squandered.”

_George Best
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#34
RE: Tout est dit...
(Il y a 10 heures)heavyP a écrit : toute expérience d'écoute est forcément subjective et conditionnée par tellement de facteurs, reste la musique elle-même, qui heureusement transcende les supports et les systèmes. il y a des enregistrements tellement bons que ni le vinyle, ni le cd, ni le digital ne semblent parvenir à les "détériorer",...et oui ce sont souvent des prises de son mono réalisées avec le  matériel exceptionnel de l'époque, qui était alors la norme. Je pense  par exemple au "folk singer" de Muddy Waters. Mais ensuite, le système et l'acoustique d'une pièce peuvent porter l'expérience au sublime ou à l'insupportable... ?

Bonsoir,

Excellent le blue de Muddy Waters : https://www.youtube.com/watch?v=Y_TJoSf6...8nT2znI6fP

C'est vrai que cet album est une référence. Sur un système bien aligné, la présence de la voix et la résonance du studio sont impressionnantes. Cela confirme ce que tu disais quand la prise de son est exceptionnelle, elle supporte tous les formats, mais une bonne acoustique de pièce permet vraiment de lui rendre justice et de retrouver cette sensation de 'direct'.

Bonne soirée,
Christophe.
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#35
RE: Tout est dit...
(Il y a 10 heures)heavyP a écrit : toute expérience d'écoute est forcément subjective et conditionnée par tellement de facteurs, reste la musique elle-même, qui heureusement transcende les supports et les systèmes. il y a des enregistrements tellement bons que ni le vinyle, ni le cd, ni le digital ne semblent parvenir à les "détériorer",...et oui ce sont souvent des prises de son mono réalisées avec le  matériel exceptionnel de l'époque, qui était alors la norme. Je pense  par exemple au "folk singer" de Muddy Waters. Mais ensuite, le système et l'acoustique d'une pièce peuvent porter l'expérience au sublime ou à l'insupportable... ?

Salut P. 

il y a des enregistrements tellement bons que ni le vinyle, ni le cd, ni le digital ne semblent parvenir à les "détériorer"

Les supports détériorent forcément (même infimement) la nature du contenu.  
Mais on est bien d'accord, l'essentiel sera là... quel que soit le support.

Mais il y a plus grave > les modifications du contenu en lui même, exemple archi simple : tu passes un 33 tours en 45 tours. 
Et là, même le plus bel enregistrement du monde sera dénaturé / inécoutable... La voix de Muddy Waters ressemblera à celle de Mickey, et sa guitare à de la mandoline électrique.
Le tempo trop rapide donnera aux blues lents l'impression de rouler à 100 à l'heure dans une maison de poupée, et les textes seront "bidonnants" voix de castrat... etc.
Dans ce cas, ça s'entend de suite... la tromperie sera détectée.

Mais les modifications du contenu sont multiples, cachées, non annoncées, ou revendiquées à tort (ou parfois à raison) comme des améliorations (ré-éditions, re-masterisation, re-mix) alors que ça détruit parfois (souvent) l'intégrité du message originel.
Et on "bricole" :
textures des sons : égalisations, volumes, dynamique, ajout d'harmoniques, débruitages
spacialisations : réverbérations, enhanceurs, effets stéréo spéciaux 

Et là le monde numérique permet de tout faire très vite, du plus discret au plus violent, du meilleur goût au pire, du judicieux à l'incohérent, selon 1000 possibilités, avec des plug in qui transforme ton ordinateur ou ta table de mixage, ou ton studio de mastering en une chambre de torture (ou salon de beauté / plus rare) pour les sons.

Bon, il y a aussi des réussites, ex la ré-édition de la 3ème symphonie de Beethoven enregistée par Savall en 1995, et remixée à partir de la bande master en 2016, est très réussie dans cette nouvelle mouture.

Mais le résultat est que je passe mon temps sur Qobuz à trier de multiples versions des mêmes oeuvres, ça variera selon les années où les "report en numérique/ ou re-mastering" ont été fait... ou encore selon les labels, les modes et les techniques de telle époque, tout ça donnant des choses + ou - écoutables...
J'ai envie de crier "sauvons les enregistrement originaux" car bientôt ils seront perdus, noyés entre 1000 versions, ré-éditions, rachats de catalogues entre labels, et bricolages techniques à chaque fois... etc...
Amitiés, Denis  Smile
système à 6 voies : filtre actif analogique RANE AC23 24db/oct modifié (2x 3 voies + 2 sorties large bande / sorties boosté amplis op 3 alims de course) > sub/ 20 à 40Hz > caisson JBL avec 2x 46cm en sommation mono, grave/ 40 à 125Hz > caissons clos avec 38cm Eminence PF-400, bas-médium/ 125 à 400Hz > pavillons Sato sur moteur BMS 4599ND,  médium/ 400 à 900Hz + filtre passif 6db/oct à partir de 900Hz > pavillons mini WE66 DIY sur moteur BMS 4599HE, haut médium/ 0.9 à 10kHz > pavillons BMS 2250 sur moteur Radian 950PB, extrême aigu/ 10 à 20kHz > JBL 2405. Avec divers amplis tubes DIY "triodes SE sans contre réaction" (sauf ampli sub à transistors). + d'autres systèmes moyens et petits...
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#36
RE: Tout est dit...
Merci Denis .Tu évoques ici ce qui m'a rebuté envers le numérique vs.analogique, lorsque je m'y suis frotté il y a plus de dix ans et que depuis des multitudes de versions se sont rajoutées aux catalogues des providers. Quelle version, quelle référence, d'après quelle source, quel master.? La recherche du "meilleur" enregistrement - ou du préfèré...Les index d'aujourd'hui sont sans doute plus explicites sur l'origine des fichiers ou procèdent d'une autre traçabilité concernant les enregistrements anciens. La mienne est assez simple, je cherche le lp ou le cd dans ma collection.  Avec le temps, j'ai choisi quel pressage original, repress ou remaster je préférais ou m'accomodais au mieux. Pour la plupart, 'jai eu la chance et le temps de pouvoir les écouter, apprécier ou regretter leurs différences. on doit pouvoir faire ça en numérique évidemment mais il me manquerait la dimension physique de l'objet. Un tout autre sujet
“I spent a lot of money on booze, birds, and fast cars. The rest I just squandered.”

_George Best
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